UFC-Que Choisir de Bourgoin-Jallieu

Services/vie sociale

Ruralité : le renouveau des campagnes à Sainte-Blandine (isère)

Des élus, des habitants et des entrepreneurs font revivre des villages que l’on pensait voués à l’abandon.
Dans les régions, des initiatives innovantes et pérennes voient le jour, à tel point que l’on arrive à imaginer qu’une vraie renaissance des campagnes est possible.

On les croyait promis à disparaître ou, au mieux, voués à servir de cités-dortoirs aux habitants des grandes villes à la recherche d’un peu de verdure. On pensait inexorables la disparition de leurs commerces, la fermeture de leurs écoles, l’éloignement de leurs services publics et le départ de leur population. Et si, finalement, les villages étaient l’avenir du pays ? En tout cas, depuis quelque temps, certains renaissent. Partout en France, des initiatives fleurissent pour leur redonner vie. Ici, c’est un magasin qui ouvre, là, une société qui s’installe, là encore, un établissement scolaire qui réapparaît ou des services publics qui reviennent, montrant à qui veut l’entendre que le déclin des campagnes n’est pas une fatalité. Après des décennies de tristesse et de désespoir, de nombreux villages sont en train de revivre. Cette tendance ne date pas d’hier. Cela fait plus de 30 ans que les zones rurales gagnent plus d’habitants qu’elles n’en perdent. Mais désormais, on peut observer une accélération du mouvement.

Sur le terrain : 5 initiatives qui marchent

Partout en France, des projets innovants fleurissent ici et là. Que Choisir a choisi de mettre cinq d’entre eux en lumière. Menés dans différentes régions, ils ont permis à la fois de répondre à un besoin de la population et de recréer de la vie dans la commune.

Rentable dès la première année,

c’est bien parti à Sainte-Blandine dans le Nord-Isère !

Depuis décembre 2019, les habitants de Sainte-Blandine n’ont plus à se rendre à La Tour-du-Pin, à 3 kilomètres de là, pour faire leurs courses. Au centre de ce village d’à peine 1 000 âmes trône l’un des tout premiers Comptoirs de campagne de France.
Un nouveau genre de commerce permet aux habitants des villages d’acheter des produits locaux, de prendre un café et de se faire coiffer.

Dans cette boutique pas comme les autres, il est possible non seulement d’acheter toutes sortes de produits provenant d’une cinquantaine d’agriculteurs et de fabricants locaux, mais aussi de boire un café, de manger sur le pouce, de retirer un colis, d’envoyer un courrier ou juste de profiter du wifi. En plus, dans une salle attenante, se succèdent tout au long de la semaine une coiffeuse, une esthéticienne, un ostéopathe et, peut-être, bientôt un banquier, prêts à recevoir les clients qui le souhaitent. Pour Sylviane Barcet, la directrice du développement de la société Comptoir de campagne, à l’origine du concept, « le multiservice est la clé de la réussite. Le fait de multiplier les sources de revenus permet de générer suffisamment de rentrées d’argent pour payer les deux salariées, le loyer et les charges du magasin ». Le modèle s’appuie aussi sur une mutualisation de l’approvisionnement. « Nous faisons en sorte d’installer sur un même territoire quatre ou cinq Comptoirs de campagne, distants les uns des autres de quelques dizaines de kilomètres. Grâce à ce fonctionnement en “grappes”, nous pouvons recruter des acheteurs, dont la mission est d’identifier les producteurs susceptibles de nous fournir et d’assurer l’approvisionnement des magasins sans intermédiaire », indique-t-elle.


Le modèle a beau être récent, le pari semble gagné. Ouvert depuis le 30 novembre 2019, le Comptoir de campagne de Sainte-Blandine devrait terminer sa première année d’exploitation dans le vert. Qui plus est, il est devenu, pour les habitants du village, un lieu incontournable. « Nous voyons passer aussi bien des personnes âgées qui ne peuvent pas se déplacer que des jeunes couples qui ne veulent pas prendre leur voiture pour aller faire leurs courses », constate Virginie, une ancienne manageuse de McDonald’s qui gère le magasin.
Le succès de chaque Comptoir dépend aussi de l’implication de ses employés. « On fait au mieux pour répondre aux envies de nos clients et discuter avec eux. Nous organisons aussi régulièrement des rencontres avec les producteurs, des apéritifs ou des miniconcerts, qui font venir du monde dans le point de vente et contribuent à animer le village », explique-t-elle.
Quatre ans après sa création, la société Comptoir de campagne compte aujourd’hui 11 boutiques réparties en 3 grappes et vise une quarantaine de magasins en 2022. « La demande est forte, admet Sylviane Barcet. Beaucoup de maires de communes rurales s’intéressent à notre concept afin de redonner de la vie à leur bourg. »
Pour l’instant, l’entreprise se concentre en Auvergne-Rhône-Alpes, mais des projets d’ouverture en Normandie ou en Île-de-France pourraient aussi voir le jour. Avant, peut-être, d’essaimer dans toutes les campagnes françaises.